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Afrique de l'Est: Mesures d'espoir pour l'avenir des perches du lac Victoria

Samedi 28 Août 2010

Si la baisse des réserves de perches du Nil dans le lac Victoria n'est pas nouvelle, certaines politiques visant à l'endiguer donnent des résultats encourageants, même si les pêcheurs n'en sont pas encore satisfaits.


Afrique de l'Est: Mesures d'espoir pour l'avenir des perches du lac Victoria
En cette fin de journée, des pêcheurs reviennent à Mwanza, une ville du nord-ouest de la Tanzanie, sur les bords du lac Victoria. La pêche, comme depuis un certain temps déjà, n'est plus fructueuse dans le plus grand lac d'Afrique. Ils étalent sur la plage la cinquantaine de poissons, qui sont vendus en très peu de temps.

Paul Johaiven, 26 ans, est l'un des pêcheurs. Comme nombre d'entre eux, il n'a pas été plus loin que l'école primaire. Faute d'autres débouchés et originaire de la région, il a rejoint les bords du lac Victoria, il y a quelques années, afin de gagner sa vie.

Tout le monde ne cherche que la perche du Nil, le seul poisson du lac exportable à l'étranger. Bien qu'à l'origine d'un véritable désastre écologique depuis son introduction dans les années 1950 par les colons britanniques, ce poisson apporte des revenus substantiels à des milliers de pêcheurs de la sous-région.

Environ 200.000 tonnes de perches sont exportées chaque année à l'étranger pour un montant proche de 250 millions de dollars sur l'ensemble des trois pays riverains du lac : le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie.

Mais le conte de fées est terminé comme le constate Johaiven. «Je ramène toujours moins de poissons. Je dois aussi passer plus de temps sur l'eau, et il m'arrive de pêcher une partie de la nuit», a-t-il dit à IPS.

De son côté, Geofrey Rubanza, 32 ans, a déclaré à IPS : «Il n'y a pas si longtemps, on attrapait beaucoup plus de poissons. Maintenant, on doit aller loin du rivage, lancer mille fois nos filets et parfois, on rentre sans rien. Il y a trop de pêcheurs sur le lac, et donc moins de poissons».

Les statistiques, fournies par l'Organisation des pêches du lac Victoria (LVFO), vont aussi dans ce sens. Tout d'abord, la taille moyenne des prises tend à se réduire : de 50 centimètres avant 2007, elles ne sont plus que de 25 cm aujourd'hui. Une autre statistique illustre encore mieux la disparition lancinante des poissons du lac Victoria : alors que les pêcheurs rapportaient chaque jour 300 kilos de poissons en 2005, ils n'en ramenaient plus que 80 kilos en 2008, selon la LVFO.

Le rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), publié en 2009, est aussi très préoccupant sur les réserves de ce poisson. Entre 1998 et 2008, les stocks de perches du Nil dans le lac ont été divisés par cinq.

Mais heureusement, des politiques, menées depuis plusieurs années dans les trois pays riverains du lac, ont donné des résultats positifs. Les derniers relevés réalisés par la LVFO indiquent une augmentation des stocks de perches du Nil. Ainsi, de 340.000 tonnes en 2008, les stocks atteignent aujourd'hui 400.000 tonnes.

Même si l'on est encore loin du niveau des stocks de 750.000 tonnes en 2005, cette remontée est encourageante et prometteuse, a déclaré à IPS, John Magufuli, le ministre des Pêches de la Tanzanie. «La tolérance zéro est appliquée au Kenya et en Tanzanie contre la pêche excessive et les méthodes de pêche inappropriées, notamment sur la taille des filets. Je suis persuadé que sur les six prochains mois, les stocks vont continuer de remonter».

En Ouganda, les mêmes mesures sont appliquées. De nouvelles mesures vont être introduites bientôt, comme il en a été décidé lors d'une rencontre en juin dernier à Kampala, la capitale ougandaise. Par exemple, lorsque ces mesures entreront en vigueur, les pêcheurs devront payer la location de la partie des plages qu'ils occupent. Ce qui sera totalement nouveau puisque les plages du lac Victoria sont encore publiques et libres d'accès.

En outre, comme l'écrivait à la mi-juillet le quotidien ougandais 'New Vision', le nombre de pêcheurs et de bateaux sera limité par l'obtention d'une licence, afin de lutter contre la pêche illicite.

«La pêche illicite est l'une des causes de la chute des stocks de poissons dans le lac Victoria. Le manque de contrôles donne une opportunité à certains d'exploiter de manière abusive les ressources du lac», déclarait dans le journal, Nsimbe Bulega, directeur de cabinet du ministère ougandais de la Pêche, qui envisage d'éradiquer le fléau avant la fin de l'année.

Mais, un autre problème pointe à l'horizon : celui de l'aquaculture de morues dans certains pays européens, qui réduit les exportations de poissons du lac Victoria. Selon la LVFO, les exportations en tonnages ont chuté de 40 pour cent entre 1999 et 2009. La Belgique, la Grande-Bretagne et la Norvège se sont en effet lancées dans la production de morues qui rencontrent un grand succès.

«Nous devons, nous aussi, briller en aquaculture», estime Wilson Mwanja, le commissaire ougandais des pêches, indiquant que «Les stocks de perches du Nil diminuent faute de bons managements».

aziz rochdi

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